Manteau de Brogi

Je sens le poids qui est tombé quand j’ai pris la charge de Mac Fuirmid. Ce n’est pas un fardeau blessant, pas comme un sac de pierres. Non, mais c’est lourd comme un gros manteau d’hivers. C’est confortable, cela protège et enrobe et je le sens. Je le sens sur mon dos ce manteau de terroir. C’est un manteau vivant, et je sais que ce n’est pas mon vêtement, il ne m’appartient pas. Il m’est juste confié, prêté le temps d’un souffle, trois lunaisons, vingt roues… qui sait ?

C’est un manteau vivant, comme l’esprit d’une bête qui vient se coucher sur moi, une cape de pierres, de terre, d’arbres et de mémoires. Ce manteau s’appel Samara et il porte les espoirs d’une terre qui a soif d’être aimée, d’être reconnus comme compagne vivante et aimante. Je le sens qui pèse, pourtant sans lourdeur. J’en reconnais la responsabilité, celle de tenir ferme et droit sur la terre.

Et déjà approche un cœur ouvert qui désir s’abriter sous ce manteau de pagus, et je l’accueille.

Ce manteau m’imprègne et imprime en mon cœur des motifs de mémoires, des couleurs de soleil et de lune, des bruits de vents dans les arbres, des odeurs d’humus sous la pluie.

Je suis sur cette terre ambienne depuis si peu et pourtant, je me rends compte à quel point je la porte, en paysage, dans mon coeur. Je vois que ce n’est pas moi qui ai œuvré, qui ai cherché laborieusement, mais c’est elle qui m’accueil et me charge de ses essences et me berce dans ses bras de terre et de fleuve, m’allaite de ses mamelle riche de verdures et de songes sacrés.

Alors je bois comme un enfant, je m’abreuve à la source du lieu magique, et je deviens le lieu. Mon âme se tisse au chant de samara et je grandis comme pousse un arbrisseau dans la clairière riche. Ce lieu m’a appelé, et m’a saisi et je l’aime et je sens sa force qui grandit, ou bien est ce moi qui m’élargis pour lui faire place. Je sens qu’un jour les mémoires du lieu pourront sortir de ma bouche, en flot de légendes et d’awens gravés, mais j’ai encore a me nourrir, encore à m’imprégner.

Alors je veille sous ce manteau de brogi.

Bran

Naissance de la clairière

C’est un chant qui appel
Un murmure dans le vent portant les échos d’un terroir
De l’âme d’un pagus qui invite à se souvenir
Être présent dans l’ici et le maintenant
Non pour prendre et recevoir, mais pour offrir et rendre
Rires, pleurs, chants, danses et silences sacrés, au cœur de la forêt magique et mystérieuse
Sous de grands et vénérables térébinthes, maîtres arbres gardiens
Debout, gens de juste volonté, sur la roue de l’année, pour nous rappeler nos cycles et vivre nos saisons
Sans fard, sans tricherie
Dans la paix d’un cœur simple, sacré et entier
Devant nos Dieux
Portés par la mémoire de nos ancêtres gaulois, ambiens
Sur les rives de la Samara

Bran